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Réalisateur: David Cronenberg

Année: 2012

Origine: France-Canada

Durée: 1H44

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Synopsis:

 

Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

 

 

La critique:

 

J'avais acheté il y a quelques mois le roman éponyme de Don Delillo en apprenant que Cronenberg était en train d'adapter ce monument de la littérature américaine. Heureux d'être en possession de Cosmopolis, j'avais pris mon après midi pour m'enfiler le bouquin d'une traite, bien au chaud sous mes draps. Mais, au bout d'une trentaine de pages, j'ai eu la désagréable impression de lire le manuel technique d'une scie sauteuse en polonais. Cosmopolis doit toujours prendre la poussière sous mon lit au moment ou j'écris ces lignes. Je m'étais dit par la suite que j'irais voir le film au ciné et que Cronenberg réussirait à adapter convenablement cet imbitable bouquin. Je n'y suis jamais allé mais je me suis rattrapé aujourd'hui avec le DVD.

 

Avant toute chose, il faut dire qu'il ne se passe absolument rien d'explosif dans COSMOPOLIS. La bande annonce du film est absolument trompeuse. Le réalisateur de la BA mériterait même un procès pour publicité mensongère. Au vu du produit final, je comprends un peu l'embarras du vieux producteur Paulo Branco: Comment vendre le dernier film du sulfureux Cronenberg quand ce dernier se déroule entièrement dans une limousine et que les héros passent leur temps à débiter des dialogues abscons? Et bien faisons croire que Cronenberg vient de réaliser un nouveau VIDEODROME!

 

Avec son dernier film, Cronenberg a shooté le film d'horreur de l'ère de la crise financière. En effet, à notre époque, quelle est la personne la plus détéstée au monde? Le trader of course, le mec qui tripatouille des milliards en mettant sur la paille des milliers d'honnêtes gens. Cronenberg filme donc le plus grand des badguys et nous immerge dans sa psychée malade pendant 1h45. Ce qui était difficilement appréhendable dans le livre devient cohérent dans la version live. Les dialogues abscons tirés du livre et prononcés par des acteurs prennent une tournure absurde qui fait froid dans le dos. COSMOPOLIS nous projette en pleine face la monstruosité de la jeunesse made in Wall Street, nous abreuve du cynisme mortifère de ces jeunes génies des mathématiques que les bourses du monde entier se sont arrachées ces dernières années. Dans le film, Eric Packer a un collègue: cheveux longs, 22 ans, beau gosse et la geek attitude. Ce jeune, on pourrait très bien le croiser dans un skatepark. Mais par son don des mathématiques, ce dernier manipule des millions de dollars en bourse sur son Ipad. En quelques minutes, Cronenberg nous dévoile la nouvelle identité des freaks. Le démon de Wall Street peut se cacher aujourd'hui sous les traits exterieurs d'un djeun's lambda. Terrifiant. On pourrait également qualifié COSMOPOLIS de film fantastique tant l'atmosphère semble irréelle, une démarche de mise en scène d'une profonde justesse car ce n'est finalement que par ce biais que l'on peut approcher un tant soit peu l'horrible vérité. Dans la vie réelle, se dire qu'un homme peut perdre des centaines de millions de dollars sur un coup de poker est déjà en soit un truc surréaliste.

 

 

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Eric Packer est le boogeyman de notre époque, l'homme qui tue sans bouger son derche de sa limo. Alors effectivement, au cinéma, un mec sapé en Armani qui trifouille des chiffres sur des écrans, c'est beaucoup moins cinégénique qu'un serial killer bien cradoc. Pour nous faire frémir et nous faire perdre pied, Cronenberg parle la langue du trader ad nauseam. C'est dans cet abus de linguistique financière que réside toute la force de COSMOPOLIS. L'avalanche de théories fumeuses, d'échanges philosophiques à la Cioran, de prétention arithmétiques finit par produire un profond dégoût chez le spectateur. Non pas le dégoût du film, mais une sorte d'ecoeurement face à un système qui anéanti toute forme d'humanité.

 

Les dernières 20 minutes du film sont en revanche complètement ratées. COSMOPOLIS sort brutalement de la novlangue de Wall Street pour nous plonger dans un échange digne d'un café philo entre Packer et l'homme qui veut sa mort. "Qui es tu? Pourquoi mériterais-je la mort? Non, j'ai senti que tu ne veux pas me tuer, au fond, que veux tu vraiment? Tu luttes contre ta nature etc etc etc...". Un plan final totalement bidon laisse malheureusement une impression mitigée lorsque défile le générique. COSMOPOLIS est l'adaptation presque littérale du bouquin de Don Delillo, ce qui donne au film son côté bancal, pas très calibré pour le cinéma. Il faut voir COSMOPOLIS comme un essai, un truc arty expérimental qui donnerait à réflechir sur le chaos financier de notre monde. Un clip futé et bavard qui parlerait de notre époque, avec en héros, ceux qui nous ont foutus dans la merde.

 

 

 

La bande annonce mensongère de COSMOPOLIS:

 


 
Un documentaire édifiant sur la banque qui dirige le monde: GOLDMAN SACHS (avec des vrais Eric Packer à l'intérieur)

 

 

 

 

  Bande annonce de MARGIN CALL, excellent film sur la crise financière:


 

 

 

 

Bande annonce d'INSIDE JOB, documentaire choc qui retrace l'émergence d'une industrie scélérate et qui dévoile les relations nocives qui ont corrompu la politique, les autorités de régulation et le monde universitaire.


 
Tag(s) : #A LA CARTE (meilleurs films au choix)

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