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JACKY AU ROYAUME DES FILLES, un humour grinçant rafraîchissant

Après le succès public et critique des Beaux gosses, autant dire que la sortie du dernier film de Riad Sattouf était considérée comme un petit événement. Malheureusement, Jacky au royaume des filles s'est fait fracasser par la "presse spécialisée" et le public n'a carrément pas suivi le dernier effort du cinéaste. Avec seulement 113 000 entrées, le film est un échec cuisant. Une injustice, qui je l'espère, sera réparée par la sortie du film en DVD ce mois-ci.

Le pitch: En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper...

Rien que le pitch du film prouve la grande créativité du cinéaste. Dans un paysage cinématographique francophone rongé par un manque totale d'audace, ça fait du bien de voir arriver un film avec un univers complètement barré, un long métrage qui ne ressemble qu'à lui même. Car ces derniers mois, on a été gavé par des comédies médiocres nous bassinant encore et encore avec les atermoiements sentimentaux des trentenaires. Ras le cul des films identitaires! Sattouf nous embarque dans le royaume de Bubunne et le dépaysement est total!

Le réalisateur a eu la bonne idée de ne pas livrer la suite des Beaux gosses, mais de nous proposer un tout autre style de comédie. Pourtant, je pense que des producteurs ont bien du le saouler pour qu'il s'empresse de shooter une suite aux aventures d'Hervé et Camel. Sattouf reprend malgré tout le même casting que ses Beaux gosses en le transposant au royaume de Bubunne. Jacky est un film unique, bancal, étrange, mais extrêmement rafraîchissant. Il me fait penser aux films que pouvait réaliser Marco Ferreri dans les années 80, un film dans le style de Touche pas à la femme blanche!, un western avec Piccoli se déroulant sur le chantier de construction des halles de Paris. Bon, le film de Ferreri est un peu naze, mais on retrouve sur Jacky ce même vent de liberté totale, cette même anarchie.

JACKY AU ROYAUME DES FILLES, un humour grinçant rafraîchissant

J'ai lu récemment la dernière BD de Sattouf, L'Arabe du futur, dans lequel l'auteur raconte son enfance dans la Libye de Khadhafi et la Syrie d'Hafez Al-Assad. On retrouve dans Jacky la même description des régimes dictatoriaux que dans sa bande dessinée. La nourriture donnée par l’État (la bouillie dans le film), le délire des uniformes, la place de la femme dans ces pays etc...Ce qui distingue Jacky du tout venant de la production ciné actuelle, c'est vraiment son audace et son humour cinglant. En plaçant les hommes comme des êtres soumis, obligés de porter un voile quasi intégral, conditionnés à faire le ménage et la bouffe (rôle malheureusement dévoué à des millions de femmes), Sattouf provoque un rire caustique. On est pas du tout dans l'humour du travestissement style cage aux folles, mais bien dans une réflexion politique assez bien vue. Le héros, Jacky, manque de se faire violer par des policières dans une séquence carrément malsaine. Les femmes ouvrent leurs braguettes, sortent leurs seins et se masturbent en soulevant le voile de Jacky. On rigole au début, puis la scène se fait insistante et la gêne se pointe. On rit de l'inversion des rôles un moment, mais le sentiment de malaise vient nous rappeler la condition indigne de certaines femmes. Le film passe très souvent d'un gag potache à des scènes vraiment brutes de décoffrage. C'est pour ma part du jamais vu.

Sattouf à également créé un véritable monde, avec son langage hilarant (la voilerie, le merdin, le capotin, la magasinerie, le sodomage etc...), avec ses propres codes de conduites, son obscurantisme religieux et son esthétique nazie version chevaline! Au final, on sent bien que Jacky est un film personnel, un objet filmique que Sattouf n'aurait jamais pensé faire, même dans ses rêves les plus fous. Il y a de son enfance dans Jacky, de ses souvenirs, et de son humour particulier qui ne fera pas rire tout le monde.

Pour les acteurs, c'est le sans faute. Vincent Lacoste est formidable en petit homme dévoué à sa maman et en grand timide romantique. Grâce à Sattouf, on retrouve enfin un excellent Didier Bourdon! Je crois que ça faisait bien 15 piges qu'il ne m'avait pas fait rire celui là...Mention spéciale à Charlotte Gainsbourg qui se fond totalement dans la peau de la colonelle sexy. Elle apporte au film une grâce féline version SM et semble prendre un réel plaisir à jouer dans ce film vraiment unique.

Il manque quand même un je-ne-sais-quoi qui enverrait Jacky au royaume des filles dans la stratosphère des comédies françaises. Sans doute le fait d'avoir le cul entre deux chaises dans l'enchaînement humoristique des séquences et le côté un peu bordélique de l'ensemble. Reste que Jacky est un film couillu tout du long, et encore plus dans sa scène finale. Le truc triste, c'est que Sattouf a le projet d'adapter au ciné sa BD culte Pascal Brutal, et qu'au vu des résultat catastrophique au box office de Jacky, j'ai bien peur que cela freine le plus enthousiaste des producteurs. J'espère me tromper.

Tag(s) : #A EMPORTER (actualité DVD-Blu-Ray)

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